The Big Short, Adam McKay, 2016


Adam McKay est "connu" (ou pas) pour ses comédies que l'on qualifierait volontiers de "potaches" si ce mot n'était pas aussi péjoratif. Au milieu de très bonnes parodies (The Other Guys), on trouve surtout le diamant brut de comédie quasi-abstraite qu'est Step Brothers, dans lequel Will Ferrell et John C.Reilly se livrent à un brillant et jubilatoire exercice de jeu : des esprits de 15 ans dans des corps de 40.

The Big Short marque un tournant dans la filmographie de McKay, avec cette surprenante adaptation d'un best-seller s'intéressant à une poignée d'acteurs du monde financier qui, au coeur de la crise des subprimes, prédisent un effondrement et parient sur celui-ci. Tournant vers un rire plus politique, déjà annoncé par Anchorman 2, qui en plus d'être la grosse comédie efficace que l'on attendait, était un gros coup de boule dans la tronche de l'info en continu.

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Le film, dans sa forme, est assez osé, puisqu'il mêle une mise en scène presque documentaire, à un montage assez audacieux, juxtaposant des plans presque subliminaux dans une sorte de zapping. Le film joue volontiers d'une approche à la Scorsese, avec sa voix-off ironique, en adresse directe au spectateur, et pousse même certaines idées très loin. A plusieurs reprises dans le film, des intervenants jouant leur propre rôle vulgarisent le propos totalement abscons des dialogues, la plupart du temps de manière très drôle. Ce jeu avec le didactisme est extrêmement habile, jamais lourd pour le spectateur.

La première force du film est l'affection que porte son auteur (et c'est une habitude chez lui) aux personnages excentriques, inadaptés, ou simplement outsiders, qui sont ici les clairvoyants. Cette empathie est une porte d'entrée nécessaire pour pénétrer ce milieu étrange et quasi-incompréhensible. Cette opacité et les jeux de langage qui l'accompagnent (CDOs, swaps, triple A), n'épargnent pas le spectateur, mais quelques trouvailles visuelles permettent de comprendre les enjeux de chaque scène (le jenga!). 

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Il est intéressant de voir qu'au fur et à mesure que le film avance, le rire s'étrangle. Les faits sont d'une telle absurdité qu'ils permettent dans un premier temps de créer pas mal de gags très drôles. Puis le rire se détraque au fur et à mesure que l'on fait face aux conséquences de tout ce cirque. Ce détraquement du rire est particulièrement palpable dans une scène ou le personnage interprété par l'excellent Steve Carrell (encore!), interroge un des responsables d'une grande banque et que sa colère monte. La scène se situe à Las Vegas, dans un bar près duquel se déroule un one-man show. Les rires du public se font entendre en fond, et au fur et à mesure de la discussion, se décalent. De cette simple idée naît un malaise, comme l'impression d'assister à une sitcom dysfonctionnelle (on penserait presque aux lapins dans le Inland Empire de David Lynch!). La colère monte.

Cette colère, c'est aussi celle, saine et sincère, d'Adam McKay, dont je suivrai la suite de la filmographie avec encore plus d'attention.

2 commentaires :

  1. Marrant, tu donnes vachement envie de le voir, cette audace formelle pour un sujet aussi chiant que le fric m'intrigue. Pourtant j'étais trop pas chaud.
    J'ai d'ailleurs lu la VF du bouquin ("le casse du siècle" six jeunes m'abusent), et si ça faisait souvent lever les sourcils, ça n'échappait pas au jargonnage du milieu ; parfait pour s'endormir.

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    1. Alors en tout cas je trouve qu'on ne se fait pas chier une seconde. Sur l'audace formelle je m'emballe peut-être un peu, disons que c'est un mix étrange, quelque part entre Michael Moore, Soderbergh et Scorsese. Un truc du genre Frankestein. Mais ça fonctionne vraiment bien, et notamment lorsque la machine du film de casse comique qui semble lancée se détraque (Certains des mecs n'ont même plus envie de "gagner"), c'est assez osé.

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